Edito

Par Ronan Moinet

Le projet de départ est simple, développer l’esprit critique des jeunes dans leur rapport à l’information et aux nouveaux medias. Quant à son application, via la réalisation d’un journal papier en trois jours, elle est un défi ! Emmenant avec eux 17 jeunes, deux centres sociaux ont répondu présent à l’appel de l’association Rif, et de l’agence de communication Entrée Public. L’Arbrisseau, situé dans le quartier de Lille Sud, et La Maison du Chemin Rouge à quelques kilomètres de là, dans la commune limitrophe de Faches-Thumesnil.

Avec en ligne de mire la production d’un journal, le projet Jeunes Journalistes Citoyens (JJC) a permis de confronter des jeunes âgés de 12 à 16 ans avec le journalisme. Pourtant, il fallu d’abord enjamber la distance les séparant de l’écriture, souvent perçue comme hautaine, puis les rassurer sur les intentions des journalistes. Nombre d’entre eux pensent que les journaux sont des organes politiques, et montrent une défiance vis-à-vis de l’information. A qui la faute ? Puis il fallu les aider à se repérer dans le monde des medias, où les réseaux sociaux sont devenus le petit écran. Quelle différence entre l’information gratuite et les grands titres nationaux ? Des constats lourds de sens pour la profession !

Quoi qu’il en soit, ces questionnements n’ont pas freiné l’engouement de ces jeunes journalistes. En seulement trois jours, et par groupe de 3 à 6 personnes, ils se sont emparés des problématiques du quartier, souhaitant rendre compte de leur réalité. Les thématiques de l’urbanisme, du lien social, de la drogue et de l’accompagnement social et culturel ont été triturées par ces jeunes citoyens. Allant même jusqu’à questionner leur identité : Lillois ? Ou Lillois-du-Sud ? En petits groupes, ils ont rencontré, interviewé, dessiné, photographié et filmé de nombreux interlocuteurs. Les nouveaux media et leurs pendants technologiques étant autant de portes d’entrées vers le journalisme de terrain.

A l’heure de la conclusion, certains jeunes ont souligné le plaisir d’avoir pu mener un projet de A à Z. Chez d’autres, il était possible de desceller la satisfaction d’être entendu. Tous ont pris très au sérieux les responsabilités offertes. Quant aux habitants du quartier, souvent lasses du traitement médiatique de leurs lieux de vie, ils se prennent à imaginer que certains de ces jeunes citoyens deviennent un jour des journalistes professionnels …